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L’engagement de Garze par Tsering Woeser
Du 13/01/2012 au 16/06/2012
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De Manigange à Garze, il y a plus de 90 kilomètres. J’ai plus d’une fois emprunté ce chemin et les paysages magnifiques qui longent la route sont inoubliables. Mais à partir de 2008, les préfectures de Dege, Garze, Luhuo, Dawu et plusieurs autres (surnommés Kang du Nord ou Le Chemin du Nord) sont devenues zones interdites. Ces trois dernières années, particulièrement à Garze, peu importe femmes ou hommes, jeunes ou vieux, moines ou laïcs, tous n’ont cessé depuis d’exprimer leur révolte.

Et celle-ci s’exprime sous des formes exclusivement non violentes. À l’été de 2008, sur la route qui traverse la préfecture de Dartsendo, j’ai rencontré un Tibétain, administrateur désormais à la retraite, qui disait d’un air perplexe : « Ces moines sont complètement fous, ils se précipitent pour distribuer des tracts directement devant les policiers et les forces antiémeutes, alors évidemment, ils se font battre et arrêter ». Cet ancien administrateur ajouta en soupirant : « Certains de ces tracts sont d’ailleurs ridicules, du genre les Hans mangent les poupées mortes » (le terme « poupées mortes » désigne de manière méprisante dans le dialecte du Sichuan les enfants illégitimes, non-enregistrés).

Cette résistance pacifique essuya une violente répression. Le 4 avril 2008, le monastère de Donggu se situant dans le district du même nom, dans la préfecture de Garze, fut accusé injustement de cacher des armes, et fit donc l’objet d’une fouille de la part de la police militaire. Un grand moine de plus de 70 ans fut arrêté pour avoir refusé de piétiner l’image de l’Honorable Dalaï-lama. Lorsque les moines et des habitants se rassemblèrent devant l’administration locale pour exiger que l’on relâche le vieux moine, le secrétaire du comité de district Liao Caikun donna l’ordre aux soldats d’ouvrir le feu. 19 Tibétains furent tués par balle et plusieurs autres furent blessés ou durent s’enfuir.

En raison de la rapidité du massacre, de la destruction des cadavres afin d’effacer les traces et du blocage complet de l’information, peu d’étrangers connaissent les détails de ce genre d’événement sanglant. Mais pour les Tibétains, il s’agit d’une dette de sang inoubliable. Trois ans plus tard, d’autres nouvelles nous parvinrent selon lesquelles les Tibétains de Garze distribuaient encore des tracts dans les rues et continuaient à crier des slogans. Cette méthode de protestation pacifique et indéfectible se reproduisit encore presque tous les jours de juin à août 2011. Juste avant d’entrer à Garze, nous avons d’ailleurs appris sur internet que de 60 à 70 Tibétains avaient déjà été arrêtés, et qu’une dizaine avait été condamnée.

C’est pourquoi, lorsque j’ai vu que les rues de Garze, qui m’étaient auparavant si familières, m’étaient devenues étrangères en raison de la présence d’innombrables policiers militaires en armes, je fus troublée. Et en même temps, je ressentis un profond respect pour mes compatriotes locaux.

Bien sûr, je n’arrivai à reconnaître aucun des Tibétains que je croisais par hasard, ni à deviner lequel d’entre eux se préparait à devenir à tout moment un héros, sacrifiant sa vie pour la justice, mais je savais qu’il était là, parmi eux. Lorsque j’entrai par hasard dans une petite boutique familiale vendant de la tsam-pa, levant la tête, j’aperçus le sourire bienfaisant de l’Honorable. Je fus surprise, mais restai silencieuse, car dans les rues pleines de militaires de Lhassa, il est impossible d’apercevoir une quelconque icône à l’effigie de Gyara Rinpoche affichée aussi courageusement en public. Le jeune homme au comptoir me dit, en riant doucement, que la tsam-pa pétrie à l’eau de Garze est réputée dans tout le grand Tibet.

Comme il est difficile en général pour les visiteurs flânant dans les rues et les ruelles de s’informer de la situation réelle sur place, moi et Wang Lixiong sommes montés dans un taxi, afin de discuter avec le chauffeur. Le chauffeur nous dit qu’il est originaire de Ya’an et qu’il est arrivé à Garze pour y travailler comme chauffeur de taxi il y a 6 mois à peine. Il ajouta : « Vous avez rappliqué ici de l’intérieur des terres pour quoi faire ? Vous ne pigez pas qu’ici, c’est très dangereux ? Les Tibétains chaque jour font des scandales dans les rues ». Je lui demandai : « Quel genre de scandale ? Ils brûlent et pillent ? » Il répondit : « Pas du tout de ce genre. En dehors de distribuer des tracts, les Tibétains ne font que crier des slogans ». Je lui demandai encore : « Tu l’as vue de tes propres yeux ? ». Il hocha la tête : « Oui, je le vois souvent. Plusieurs Tibétains ont dû partir en exil, alors que les “spécialistes” s’agitent directement devant les policiers et les militaires, avec pour résultat qu’ils se font battre très sérieusement, le sol se couvre de leur sang ».

Le chauffeur de taxi me dit qu’il en a été témoin hier encore, sur une traverse piétonne qui enjambe une rue au centre de la ville. J’y suis allé voir, mais je n’y ai vu qu’un mendiant aveugle tenant dans sa main un microphone, chantant curieusement à pleins poumons la chanson « Sans le Parti communiste, il n’y a pas de nouvelle Chine » (1) qui résonne à travers son modeste amplificateur portatif. Est-ce vraiment la manière à la mode pour mendier aujourd’hui, chanter des chansons communistes ? Bien sûr, ce mendiant était de nationalité Han, et les deux voitures de police stationnées non loin n’y portaient pas attention. Mais s’il était Tibétain ? J’ai bien peur qu’il ne fût depuis longtemps expulsé.

Quelques jours plus tard, à Dartsendo et Chengdu, nous avons appris une nouvelle qui incarne parfaitement l’esprit de cet engagement à la non-violence. Selon ces informations, plusieurs villages de la préfecture de Garze ont instauré un système de tirage au sort parmi l’ensemble des maisons du village. Tour à tour, chaque désigné doit aller à la ville distribuer des tracts et crier des slogans ; lors de leur arrestation, le village en entier devra fournir son aide aux autres membres de sa famille. Nous avons également appris sur internet que le lendemain de notre départ de Garze, un autre Tibétain fut arrêté pour avoir crié en pleine rue : « Laissez le Dalaï-lama revenir à la maison ! »

(1) Chanson révolutionnaire vantant les mérites du Parti communiste de Chine. Le 21 septembre à Lhassa


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Commémoration Tsewang Norbu
Du 23/08/2011 au 23/08/2012
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L’association Etudiants pour un Tibet Libre a organisée un rassemblement le mardi 23 août 2011 de 16h30 à 19h place de la Reine Astrid à Paris.

Lundi 15 aout 2011,Tsewang Norbu , un jeune moine de 29 ans du monastère de Tawu Nyitso, Kardze, province de Sichuan, au Tibet, s’est immolé pour protester contre l’occupation Chinoise du Tibet.

Le lendemain de l’immolation de Tsewang Norbu, le monastère dont il dépend au sud-ouest du Tibet a été bouclé par la police et l'armée.

L'approvisionnement du monastère en eau, vivres et électricité a été interrompu. Il y a actuellement au moins 1000 soldats et policiers déployés autour du monastère et environ 100 moines séquestrés à l'intérieur.

C'est la deuxième fois depuis six mois qu'un moine s'immole dans cette région du Tibet faisant échos aux émeutes de mars 2008. La réponse du gouvernement chinois reste toujours la répression sanglante. Les témoignages rapportent que la population avoisinante, tentant de venir en aide aux moines séquestrés est systématiquement arrêtée, emprisonnée et torturée.

Lors de ce rassemblement d'une centaine de personnes, nous avons rendu hommage aux héros tibétains qui donnent leurs vies pour l'indépendance du Tibet mais également rappeler au gouvernement chinois que le monde les observe !

L'équipe d' Etudiants pour un Tibet Libre – SFT France (Students for a Free Tibet)

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Participants

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Etudiants pour un Tibet Libre est la branche française du réseau international Students for a Free Tibet qui travaille en solidarité avec le peuple tibétain dans sa lutte pour la liberté et l'independance.


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